Vous le saviez : Oui le cuir a longue vie !

L’atelier cuir de la Communauté des Béatitudes se trouve actuellement à Cuq dans le Tarn, avec plus de 40 ans de production ininterrompue ! Nous rendons grâce à Dieu pour cette fidélité.

Thierry Laurier, pionnier en la matière nous fait la rétrospective de toute cette histoire. Sandales aux pieds, attachez vos ceintures… et rendez grâces avec nous !

Tout a commencé…

« Ça a commencé bien avant 1975 et mon entrée à la Communauté, puisque en tant qu’étudiant, c’était déjà un moyen de subvenir à mes besoins. Oh, c’était très rudimentaire : semelles et talons étaient découpés… dans des pneus ! Un assemblage sans colle avec des pointes spéciales, clouées et rivées par le dessous… Mais elles étaient déjà très solides : et toutes sur mesure… C’était même mon cadeau pour Jo à l’occasion de son mariage avec Ephraïm ! Je ne vous raconte pas !

Autour de la fête du 15 Aout 1975, j’arrive à Cordes. L’info va vite circuler parmi les frères et sœurs. Chacun leur tour me demandent de leur faire une paire.

Et voilà, le départ d’une longue aventure !

Il faut se professionnaliser

La demande va vite augmenter… Il faut étudier quelque chose de plus technique. Après avoir recueilli les conseils d'un ancien fabriquant de chaussures, je suis passé de la technique du clouage à celle du collage au néoprène… Fini les bons vieux pneus, voici les toutes nouvelles plaques de caoutchouc. Ah le confort !

Devant partir à la ferme pour "faire mes classes" avec Jean-Marc et Mireille, voici l’arrivée de Valentine… c’est ‘La rencontre’, et… le mariage.

Nous revenons ensuite sur Cordes. J’y reprends mon activité à l’atelier, aidé de Claude Guérin ; nous faisions aussi des sacs en cuir. Nous avions alors un petit magasin dans une ruelle avoisinant le couvent, car tout ça commençait à se vendre. Valentine et Zabou, qui faisaient aussi du tissage, gardaient le magasin. Quelle époque !

L’intervention discrète mais efficace de St Joseph !

Pour la fabrication des sacs, j'avais besoin d'une machine à coudre. On m'a dit de faire une lettre à St Joseph qui commença, sans bruit, à se mêler de la partie. Rapidement, voilà un petit don de ma grand-mère qui arrive, correspondant exactement au prix d’une petite machine d'occasion de cordonnier que nous avions repérée.

Et voilà que Valentine me demande une paire de sandales toute de cuir, avec un talon plus haut que normal ! Et cousues, bien sûr... Bio quoi ! Valentine savait y faire pour être exaucée…

Et voilà les premières sandales cousues ! Fini les clous !

Il nous fallait vite une nouvelle machine : une Singer 45k. Fort du 1er exaucement, je réécris à St Joseph. Incroyable ! Seulement 2 jours après une personne passe au Couvent : "Tiens, vous travaillez le cuir ? Mais je connais une personne qui a dans sa cave tout un ancien atelier. Si vous avez besoin de matériel, il vous le céderait pour pas trop cher." Je prends l’adresse… et j’écris… La réponse arrive : non seulement il avait une Singer, mais une 45 k, et  aussi tout un matériel de fabrication. Décidément je me fais un ami au Ciel ! Plus question de me passer de lui.

Déménagement à Orgon

Quelques années plus tard c’est l’ouverture de la maison d'Orgon « ND de Beauregard » avec Étienne et Anne. Valentine et moi nous y installons avec tout l’atelier.

C’est là que je mets au point, non sans mal, le passage de la découpe des semelles au tranchet, à la découpe à la presse.  Avec une nouvelle machine, une énorme presse ! Pas du siècle dernier, mais encore celui d’avant ! Elle est entièrement manuelle.

En même temps le Seigneur nous confirme dans cet artisanat : les commandes arrivent. Le « bouche à oreille » fonctionne. Les monastères et les communautés religieuses apprécient nos modèles de sandales (les franciscaines) et leur solidité. Nous avions à ce moment un magasin à Avignon que nous gardions chacun à tour de rôle.

Bob, fondateur de la célèbre "sandale du pèlerin" est même venu se former chez nous : une belle œuvre pour les sortis de prison.

Après Orgon, avec Valentine, nous sommes invités à faire partie de l'équipe qui va commencer la fondation d'Autrey. L’atelier restera à Orgon, repris par Sr Laure qui l'emmènera ensuite à St Broladre après la fermeture d'Orgon.

Arrivée à Autrey

Nous arrivons à Autrey et nous y créons un tout nouvel atelier. Dans une grande pièce bien éclairée, notre activité prend une autre tournure : l'accueil de personnes en difficulté. Le travail s'y prête bien : les opérations sont précises, demandent soin et attention, mais restent simples et gratifiantes.

Pour préparer les ventes des sessions, on faisait des chantiers communautaires pendant les vaisselles midi ou soir, chacun à son poste, 10 à 12 personnes à partir du mois de Mai : ça dépotait ! Une production digne des grandes firmes industrielles ! Il faut faire près de 600 paires par an…

C’est à Autrey que Sr Marie Elisabeth a fait son entrée dans l'atelier St Joseph, jusqu'à en prendre la direction après mon départ pour Faverney. Nait aussi la fabrication des liseuses et couvre bible avec l'aide de Marie Odile Conrad.

L’atelier sera dédoublé au profit des sœurs de Dijon.

L’atelier fait plein de petits…

Emmanuel Elkadar est venu faire un stage à Autrey pour fonder un atelier à Rome. Il y a aussi eu un petit atelier à St Luc avec Sr Judicaël et Yves Marie Villedieu, un autre en Afrique qui a hérité de la toute première presse "préhistorique".

Beaucoup de maisons à l’époque avaient recours à ce travail artisanal comme moyen de subsistance… La providence Grande Surface n'existait pas !

Après la fondation du cours Agnès de Langeac, il y avait trop d'apostolats à Autrey. Il a donc été décidé que l'atelier cuir et l'accueil qui lui était lié quitterait Autrey pour Faverney, avec Jackie Plesse comme responsable de Maison.

Restant à Autrey, j’ai vu l’atelier partir vers d’autres cieux.

De Cuisery à Cuq !

Mais voilà, le temps passe ! 15 ans après nous arrivons à Cuisery et… retrouvons l’odeur du cuir… ce bel atelier, pratiquement inchangé, toujours aussi productif, entre les mains de Sr Marie-Véronique et Cathy Plesse, qui l'avaient pris en main après le départ de Sr Marie Elisabeth. Et toujours la vocation d'accueil de personnes en difficulté.

Mais 2011 arrive, c’est la fermeture de Cuisery et le dernier déménagement de l'atelier.  Destination : Cuq les Vielmur.

Retour aux sources, presque ! Né à Cordes, le voilà revenu dans le Tarn ! 40 ans d’existence !

Et toujours pour moi le même amour de ce travail du cuir, alliant simplicité et travail de qualité, esthétique et robustesse. Et encore tant de possibilités d'innovations…

Merci Seigneur pour ta fidélité de chaque instant. Merci Saint Joseph d’avoir pourvu à tous nos besoins et nécessités. Merci pour ces plus de 12 000 paires de sandales portées par tous ceux qui au fil des ans ont marché pour toi ou derrière toi !

« Oui ils sont beaux les pieds de celui qui porte la Nouvelle. » (Is 52.7)

Thierry Laurier

Joyeux Anniversaire

Un grand merci à Thierry pour ce beau et long récit. Bel anniversaire et que d’actions de grâce nombreuses à exprimer pour tout ce vécu ! A tous ceux qui y ont activement participés, merci, merci ! Merci à Simone qui y assure aujourd’hui encore de nombreuses tâches.

Nous sommes heureux de continuer à réjouir autant de personnes qui nous témoignent de leur satisfaction ; communautés et monastères, moines et moniales, mais aussi tous nos clients individuels (et cet été encore plus d’une centaine de nouveaux clients aux sessions de Lourdes et Lisieux). Pour eux, et pour nous parce que ça nous fait bien vivre, nous sommes heureux de continuer cet apostolat.

Il peut aussi vous accueillir pour un temps, pour vous faire du bien, pour vous aider et nous aider, pour vous former… N’hésitez pas ! Thierry souhaiterait transmettre encore et encore tout ce savoir ! Saint Joseph nous trouverait-il un nouvel entrepreneur ? Vous y avez songé ?

Bien fraternellement, les frères et sœurs de Cuq.